« Quand nous serons tous coupables ce sera la démocratie »
La pensée binaire est l’apanage des forts quand le faible n’y est pas acculé par la force des choses : la puissance incontrôlée est un vecteur de réduction qui considère que tout ce qu’elle ne peut englober et contrôler est contre elle, et en premier lieu la différence. La position relative de puissance mène donc si l’on n’y prend garde à une vision manichéenne de son environnement, au mépris de la réalité complexe d’échanges qui nous échappent.Au département francophone de Tarabya, il y a un grand buisson couvert de fleurs au parfum enivrant. Principalement deux espèces cohabitent en son sein: les abeilles et les guêpes. Or il arrive parfois qu’une guêpe et une abeille viennent à rouler au sol et s’affrontent dans une lutte presque jouée d’avance (la guêpe peut inoculer plusieurs doses de venin, tandis que le dard de l’abeille s’arrache quand cette dernière cherche à se désolidariser de sa cible).
Comme au spectacle, puisque nous sommes spectateurs de cette lutte à mort, notre sympathie se porte naturellement sur le plus faible des deux, aucun intérêt personnel n’étant directement en jeu.
Au moment de la mise à mort de l’abeille (bien qu’elle puisse parfois mordre mortellement), il est difficile de résister à l’envie de manifester sa présence et mettre fin brutalement au combat ; sans doute un souci d’abréger les souffrances de l’abeille qu’on a inconsciemment associé au « bon » parti et de montrer qu’il n’existe en ce monde aucune fatalité.
Or, ce faisant se détruit une relation entre deux protagonistes qui croyaient de manière instinctive en l’utilité de leur lutte, sans vision du bien ou du mal mais sans doute au contraire avec le respect de l’adversaire, de ses raisons d’être ou de disparaître.
Sans vouloir pousser trop loin la comparaison, les groupes de médias en ne reproduisant le débat politique que de manière partielle et en montrant le spectaculaire déforment l’« affrontement démocratique » légitime et nécessaire pour la survie de la société.
Une vision bipolarisée entre deux forces politiques majeures en résulte et nous en sommes les arbitres manipulés, le dernier recours, la force capable de renverser le jeu ou de le rééquilibrer.
Comme le citoyen romain livré aux plaisirs du jeu nous voulons du spectacle afin de mieux asseoir notre vision simplifiée d’une réalité complexe ; ainsi la peopolisation n’a-t-elle pas permis de perpétuer le système de l’arène ?
Qui ne ressent pas une certaine fierté à exprimer sa portion impérieuse de souveraineté ? Le bulletin a ainsi pris la place du pouce levé ou de la mise à mort. L’abstentionniste quant à lui se manifeste par sa non présence et se sent donc lui aussi tout-puissant, lorsque le système pleure sur la fuite de l’électeur.
Et l’élection présidentielle a perdu de sa dignité, devenant une scène pathétique des déséquilibres politiques, une sorte de prise en otage de l’Homme par le genre et une mise en scène d’intrigues présumées.
En me relisant je crois aboutir à une remise en cause de l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Tel n’est pas mon intention puisque c’est, je pense, en bâillonnant l’expression du plus grand nombre qu’on produit un modèle politique paternaliste, ou l’esprit critique est plus vite abandonné à la raison d’Etat.
Et après tout dans l’arène l’avis du citoyen romain n’était que consultatif (et encore, si l’on se place dans la configuration du plébiscite car je suppose que personne n’était là pour compter les pouces…) ; cela empêchait-il vraiment la perversion du système ?


4 Comments:
belle métaphore que celle de l'abeille et de la guêpe!
joli article, quoiqu'un peu trop sérieux (lol)
Effectivement le problème vient surtout du fait que les médias (qui réagissent à ce que veut le peuple hein, quand même...) tendent à bipolariser les choix politiques avant même que les institutions ne le fassent (lors du 2nd tour, donc)...
Maintenant on peut percevoir le choix entre 2 candidats de manière assez ambivalente : vecteur d'aliénation politique en un sens, sacahant que le vote n'est plus réellement déterminé par la seule volonté de l'individu-citoyen, ou vecteur de pouvoir pour ce dernier, chaque voix ayant une importance plus décisive qu'auparavant. Difficile en tous cas d'envisager des présidentielles à la proportionnelle, avec un élu ne pouvant réellement asseoir sa légitimité que sur 15% ou 20% des suffrages...
Ben hüzlümüyüm... avec ü equivalent presque a notre u a nous, phonetiquement.
Certes j`ai peut-ëtre eu un petit coup de blues...lol
Ce sont des mosaiques sur le plafond d´un puit pres de la mosquee bleu et de l´hypodrome (un vestige romain a Sultanhamet). Elles ont une signification spirituelle liee je crois a la religion musulmane, entre la fuite du temps et la permanence de l´unicite (si je comprends bien mais personne n´a su me dire...). Le cercle du centre doit sans doute representer cette forme de perennite, le sacre sans doute...
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